Innovation et insertion socioprofessionnelle -2  print

L’innovation à portée de pratique

Innover en matière d’insertion juvénile fait, de plus en plus, figure de gageure, tant les structures chargées de cette mission de service public ont, au fil du temps, vu leurs liens aux pouvoirs publics se resserrer, au prix d’une certaine institutionnalisation. Si le fondateur des Missions Locales, Bertrand Schwartz, les destinait à être des « laboratoires d’innovation sociale » (Schwartz B., 1982), les Missions locales ploient souvent sous le poids de la lourde tâche dont elles sont, par délégation, garantes : à savoir, la mise en œuvre des dispositifs publics d’insertion juvénile.

Toutefois, leur intrication dans le tissu associatif local ainsi que leur position de tête de réseau vis-à-vis des collectivités territoriales partenaires en font des acteurs au carrefour d’initiatives multiples et variées.

À l’évidence, cette position d’intermédiaire stratégique potentialise l’innovation et stimule ses metteurs en scène. C’est donc à l’exemple, fourni par l’introduction d’un service Europe dans une Mission Locale du Nord-Pas-de-Calais, que nous allons maintenant nous intéresser. Éclairant à plus d’un titre, il permet d’envisager concrètement les facteurs-supports, d’une part, et les facteurs-freins, d’autre part, qui jalonnent le parcours de l’acteur porteur d’innovation.

A l’origine d’une telle orientation, la volonté d’un acteur, à la fois moteur et ressource, qui s’est trouvée supportée et légitimée par celle, convergente, de la directrice.

Dès lors qu’ont été cernées les marges de manœuvre, l’essentiel du travail d’impulsion de l’innovation fut consacré à combattre les craintes et préjugés liés à la nouvelle orientation. Lors de cette phase de sensibilisation-explication, ont été mobilisés les acteurs-supports préalablement identifiés (la directrice et les conseillers déjà engagés sur des actions « alternatives »). Ces derniers ont accompagné la diffusion et l’appropriation de la démarche innovante, contribuant, par là même, à la démystifier aux yeux des plus réticents : les premiers résultats sur les jeunes participants firent le reste ! De nombreux programmes européens s’offrent aux professionnels de l’insertion juvénile : voir fiche programmes

Les ressources documentaires, outils et recueils d’expériences, en vue de faciliter le passage à l’acte, ne manquent pas pour qui souhaite convaincre ses supérieurs et collègues de la pertinence des actions de mobilité européenne impliquant les jeunes en difficulté d’insertion. Vous en trouverez de multiples exemples sur ce site même, mais n’hésitez pas, en complément, à visiter le site de l’INJEP, véritable mine d’idées et arguments pour les innovateurs en quête d’appui !

Qu’est ce que l’innovation dans les programmes européens ?


Dans la plupart des programmes européens la place de l’innovation est importante. Une des raisons principales réside notamment dans le principe de subsidiarité qui consiste à réserver uniquement à l’échelon supérieur, ici la Communauté européenne (CE), ce que l’échelon inférieur, les États membres de la CE, ne pourrait effectuer que de manière moins efficace. Cela ne veut pas dire que l’Union européenne a le monopole des actions innovantes mais que lorsqu’elle agit, ses actions ont comme principe et parfois comme critères d’être innovantes.
La commission européenne a communiqué une définition concise : l’innovation est prise "comme synonyme de produire, assimiler et exploiter avec succès la nouveauté dans les domaines économique et social" . Pour atteindre cet objectif la Commission européenne dispose d’instruments souples pour financer des actions novatrices et des projets pilotes destinés à explorer de nouvelles voies en matière de développement économique et social et à favoriser l’échange d’expériences entre les acteurs du développement local et régional. (Par exemple : actions innovatrices)
Les principales mesures communautaires destinées à promouvoir l’innovation en Europe ont été financées grâce aux programmes-cadres de recherche et développement technologique (RDT). Elles couvrent l’observation de la politique et des performances d’innovation en Europe et les dispositions pratiques visant à améliorer l’environnement de l’innovation. Cependant, on retrouve « l’innovation » de manière transversale dans de nombreux programmes européens, y compris le programme Jeunesse.


Comment mesurer le caractère innovant d’un projet européen ?
La nouveauté qui est essentielle pour l’innovation peut apparaître de plusieurs manières :

- Celle-ci peut prendre la forme d’une invention : par exemple un groupe de jeunes a inventé un moyen de communiquer sous forme de pictogramme avec des cultures différentes

- L’innovation peut aussi se révéler lorsque le projet répond à un besoin local : par exemple la création d’un local internet thématique dans un quartier sensible a permis à de nombreux habitants d’être sensibilisés et d’utiliser les NTIC. Un autre groupe de jeunes a utiliser le théâtre participatif pour lutter contre la violence en milieu scolaire : innovant pour les lycées et collège de la région et dans la manière d’aborder le thème de la violence avec des jeunes.

- La transférabilité : un groupe de jeunes peut innover en reprenant une idée d’un autre groupe de jeunes et même d’un autre secteur d’activité et l’adapter pour l’utiliser dans ses propres processus de création ou de production (par exemple débats dont le produit sera un livret ou un cdrom, site internet). Un projet transféré n’a que très peu de similitudes dans son processus d’élaboration et de réalisation (toute chose égale par ailleurs…).

- L’innovation peut intervenir sous forme de petites avancées successives – innovation Incrémentale(très présent dans les entreprises) – à mesure que les jeunes transfèrent une idée de projet ils sont contraints d’innover car il y a une absence de référentiel local et font appel à leur créativité : Passer du stade de l’action pionnière au stade de l’action maîtrisée…

- L’innovation peut aussi s’appuyer sur la technologie, pas dans ce qu’elle peut susciter de nouveau mais dans les moyens qu’elle offre à "reconfigurer" des produits et services existants, de manière à présenter une évolution radicale qui éveillera au public l’impression de bénéficier d’un produit de meilleure qualité ("innovation à valeur ajoutée"). Par exemple la mise sous forme de cdrom porte clés d’extraits d’un site internet sur la diversité culturelle est un exemple de cette forme d’innovation peu exigeante au point de vue technologique et très efficace en terme de communication, conduisant à visiter et faire parler du site internet.
– L’innovation peut passer également par l’introduction d’une approche entièrement inédite pour une activité : c’est souvent le cas d’une mise en réseau. Les partenaires d’un projet de mise en réseau sont fréquemment conduits à reconsidérer le regard qu’il porte sur le sujet de leur projet/thématique réalisé au niveau national. Ils innovent dans l’approche commune de cette thématique car les cultures s’entrechoquent pour finalement trouver une consensuelle coopération. Bien souvent la méthode d’approche comparative (échange de savoir faire, benchmarking…) aboutissant à un projet commun, répond à cet impératif d’innovation dans les programmes européens (programme Daphné par exemple)

- Le caractère innovant dans les expériences d’apprentissage pour les jeunes peut se lire dans le besoin d’acquisition de compétences spécifiques pour la réalisation du projet. Ainsi, des jeunes formés à la réalisation d’un court métrage, ont orienté leur avenir vers une formation audiovisuelle. L’acquisition de nouvelles compétences a potentialisé le projet et son aboutissement a révélé des vocations professionnelles.

Voir aussi notre article : Projets de transfert d’innovation

Pour y voir plus clair dans les programmes européens...

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